Versos French Jean de La Fontaine Le Cerf malade

French poem

Le Cerf malade

by

Listen in the reader

En pays plein de cerfs, un cerf tomba malade. Incontinent maint camarade Accourt à son grabat le voir, le secourir, Le consoler du moins : multitude importune. Eh ! messieurs, laissez-moi mourir : Permettez qu’en forme commune La parque m’expédie ; et finissez vos pleurs. Point du tout : les consolateurs De ce triste devoir tout au long s’acquittèrent, Quand il plut à Dieu s’en allèrent : Ce ne fut pas sans boire un coup C’est-à-dire sans prendre un droit de pâturage. Tout se mit à brouter les bois du voisinage. La pitance du cerf en déchut de beaucoup. Il ne trouva plus rien à frire : D’un mal il tomba dans un pire, Et se vit réduit à la fin À jeûner et mourir de faim.

Il en coûte à qui vous réclame, Médecins du corps et de l’âme ! Ô temps ! ô mœurs ! j’ai beau crier, Tout le monde se fait payer.