Versos French Jean de La Fontaine Vi

French poem

Vi

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LE COMBAT DES RATS ET DES BELETTES.

La nation des belettes, Non plus que celle des chats, Ne veut aucun bien aux rats; Et sans les portes étraites De leurs habitations, L'animal à longue échine En feroit, je m'imagine, De grandes destructions. Or, une certaine année Qu'il en étoit à foison, Leur roi, nommé Ratapon, Mit en campagne une armée. Les belettes, de leur part, Déployèrent l'étendard. Si l'on croit la renommée, La victoire balança: Plus d'un guéret s'engraissa Du sang de plus d'une bande. Mais la perte la plus grande Tomba presque en tous endroits Sur le peuple souriquois. Sa déroute fut entière, Quoi que pût faire Artarpax. Psicarpax, Méridarpax, Qui, tout couverts de poussière, Soutinrent assez longtemps Les efforts des combattants. Leur résistance fut vaine; Il fallut céder au sort: Chacun s'enfuit au plus fort, Tant soldat que capitaine. Les princes périrent tous. La racaille, dans des trous Trouvant sa retraite prête, Se sauva sans grand travail: Mais les seigneurs sur leur tête Ayant chacun un plumail, Des cornes ou des aigrettes, Soit comme marques d'honneur, Soit afin que les belettes En conçussent plus de peur, Cela causa leur malheur. Trou, ni fente, ni crevasse, Ne fut large assez pour eux. Au lieu que la populace Entroit dans les moindres creux. La principale jonchée Fut donc des principaux rats.

Une tête empanachée N'est pas petit embarras. Le trop superbe équipage Peut souvent en un passage Causer du retardement. Les petits en toute affaire Esquivent fort aisément: Les grands ne le peuvent faire.

Ces noms sont empruntés à la Batrachomyomachie ou le Combat des Grenouilles et des Rats, poëme attribué à Homère.