French poem
La Magie de Salomon
by Jean Lahor (1840–1909)
Salomon fit un signe : un Génie amena Sous la nuit étoilée La Mort, qui sur-le-champ, humble, se prosterna, Magnifique et voilée.
Et Salomon lui dit : « à La lune suit aux cieux Sa danse accoutumée ; Je veux te voir aussi, Reine, devant mes yeux Tourner comme une almée.
« Entends pleurer la flûte et gronder les tambours. » Et dans cette musique Elle tourbillonna sous ses vêtements lourds, Selon l’ordre magique.
Or, quand elle eut fini, Salomon soucieux Lui cria : « Mets-toi nue, Je veux voir ta laideur, et voir s’il n’est pas mieux Qu’elle soit moins connue. »
Et la Reine obéit : et, ses voiles ouverts, Elle apparut horrible, Le corps tout décharné, le crâne par les vers Tout troué comme un crible.
« C’est bien, recouvre-toi de ta robe, dit-il, Habille ton squelette ; Que parfois à tes pieds brûle un parfum subtil Dans une cassolette ;
« Sous un long voile obscur tiens cachés tes yeux creux, Et pare de mensonges Ton silence ou ta voix, pour que les malheureux Aient devant toi des songes,
« Et qu’à la dernière heure, en rêvant dans tes bras Les délices suprêmes, Ils pensent, éblouis, lorsque tu paraîtras, Goule, que tu les aimes !
« Mets du fard à ta peau, trompe-les, je le veux ; Pour tenter leur envie Sème de diamants la nuit de tes cheveux, Et mens comme la Vie ! »