French poem
À Ernest Raynaud
by Jean Moréas
L’Éther n’est pas toujours du Zéphyr rafraîchi, De violente ardeur l’Été le brûle aussi, L’hirondelle le quitte, et les plaintives grues, Compagnes du Notus, y ramènent les nues, Et l’Aquilon cruel y sème les frimas ; Puis encor les Saisons reviennent sur leurs pas. Telle du mal au bien, de la joie à la peine, Passe la vie humaine.
Ah ! que peu de support ont les faveurs d’un jour Du bonheur désirable ! Mais le triste malheur n’est pas au misérable Moins volage à son tour.
Raynaud, parmi les biens réservés à la terre Notre partage est le plus beau, Puisque, sur son métier, la Parque ménagère Nous a filé l’amour de ce rameau Stérile seulement au penser du vulgaire.
Un autre, à chaque coup surpris ou rebuté, Remontre à la Divinité Sur l’ordre convenable et l’effet ordinaire ! Fuyons ce vice, ami : que l’intègre Beauté Pénètre notre esprit avec tranquillité, Ainsi que l’eau reçoit un rayon de lumière.