Versos French Jean Moréas Texte entier

French poem

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Et votre chevelure comme des grappes d’ombres, Et ses bandelettes à vos tempes, Et la kabbale de vos yeux latents, — Madeline-aux-serpents, Madeline.

Madeline, Madeline, Pourquoi vos lèvres à mon cou, ah, pourquoi Vos lèvres entre les coups de hache du Roi ! Madeline, et les cordaces et les flûtes, Les flûtes, les pas d’amour, les flûtes, vous les voulûtes.

Hélas, Madeline, la fête, Madeline, Ne berce plus les flots au bord de l’Ile, Et mes bouffons ne crèvent plus des cerceaux Au bord de l’Ile, pauvres bouffons, Pauvres bouffons que couronne la sauge ! Et mes litières s’effeuillent aux ornières, toutes mes litières à grands pans De nonchaloir, Madeline-aux-serpents.

On a marché sur les fleurs au bord de la route, Et le vent d’automne les secoue si fort, en outre.

La malle-poste a renversé la vieille croix au bord de la route, Elle était vraiment si pourrie, en outre.

L’idiot (tu sais) est mort au bord de la route. Et personne ne le pleurera, en outre.

Hors des cercles que de ton regard tu surplombes, Démon Concept, tu t’ériges et tu suspends Les males heures à ta robe, dont les pans Errent au prime ciel comme un vol de colombes.

Toi, pour qui sur l’autel fument en hécatombes Les lourds désirs plus cornus que des égipans, Électuaire sûr aux bouches des serpents. Et rite apotropée à la fureur des trombes ;

Toi, sistre et plectre d’or, et médiation, Et seul arbre debout dans l’aride vallée, O Démon, prends pitié de ma contrition :

Éblouis-moi de ta tiare constellée, Et porte en mon esprit la résignation. Et la sérénité en mon âme troublée.

Je suis le guerrier qui taille À grands coups d’épée dans la bataille : Son œil est clair et son bras prompt à férir. Hélas, il va mourir : Car sous la dure maille Par un trou hideux goutte à goutte Fuit tout son sang et sa vie toute.

Je suis le pauvre chevalier qui vendit son âme Au diable — honte et diffame — Pour de l’or pipé sitôt.

Vous qui semblable à la Vierge Marie M’êtes apparue, ô Dame au cœur haut, Dame à l’âme fleurie, Du toucher de votre main pure Guérissez ma blessure. Et que vos doux yeux Me rachètent les cieux.

Ombre de casemate Que roussit un vestige de falots, Lacs sereins, frondants coteaux Au déclin du char d’Hécate, Corbeaux Amis des gibets : noirs cheveux qui raffolez De pierreries, Vous n’êtes pas les cheveux de ma Dame.

Ils ne sont pas, non plus, ses cheveux, fin Or : Aurores, Bel Arcturus, fulves couchants, Sur les champs Javelles, votre orgueil m’est vain Et vaines vos métaphores.

Fragrante cargaison de nefs D’Arabie, mais qu’ils me sont soëfs Les nobles cheveux châtains de ma Dame. Soit que sa main les apprête En bandeaux modestes sur sa tête, Soit qu’ils l’encourtinent déliés, quand amène Elle se fait à ma peine.

C’était comme le champ de Pharsale : des blessés C’était comme le chHideux Mouraient sur le bord des fossés ; — Là, où nous revînmes tous deux, Là, où nous revînmes toAvec Psyché, mon âme.

Et je lui dis « N’est-ce pas ? » Et je lui dis « Ces arcs comme ils s’écroulent, et ces butins quels oripeaux ! Ah, maudites étaient nos armes, et maudits « Ces arcs comme ils Nos drapeaux ! « Ces arcs comme ils s’écroulent, Psyché, mon âme ! »

C’était comme un Purgatoire, où des ombres aux abois ! Levaient des fronts honteux, Et se tordaient les doigts ; — Là, où nous revînmes tous deux, C’était comme un Purgatoire, Avec Psyché, mon âme.

Et je lui dis « N’est-ce pas ? » Et je lui dis « Ah, ces damnés que chasse le regret, En fleurs bénignes de Paradis Qui jamais les mettrait, Qui jamais les mettrait,Psyché, mon âme ! »

Il y avait des arcs où passaient des escortes Avec des bannières de deuil et du fer Lacé, des potentats de toutes sortes — Il y avait — dans la cité au bord de la mer. Les places étaient noires et bien pavées, et les portes, Du côté de l’est et de l’ouest, hautes ; et comme en hiver La forêt, dépérissaient les salles de palais, et les porches, Et les colonnades de belvéder.

C’était (tu dois bien t’en souvenir), c’était aux plus beaux jours de ton adolescence.

Dans la cité au bord de la mer, la cape et la dague lourdes De pierres jaunes, et sur ton chapeau des plumes de perroquets. Tu t’en venais, devisant telles bourdes, Tu t’en venais entre tes deux laquais Si bouffis et tant sots — en vérité, des happelourdes ! — Dans la cité au bord de la mer tu t’en venais et tu vaguais Parmi de grands vieillards qui travaillaient aux felouques, Le long des môles et des quais.

C’était (tu dois bien t’en souvenir), c’était aux plus beaux jours de ton adolescence.

Devant ta tante Madame la Prieure, Que tu sentisses quelque effroi Lorsque parlait d’Excommunication Majeure Le vieux évêque en robe d’orfroi, — Tu partais, même à l’encontre du temps et de l’heure, Avec Hans, Gull, Salluste et Godefroy, Courir la bague, pour amuser la veuve Aux yeux couleur de roy.

C’était (tu dois bien t’en souvenir), c’était aux plus beaux jours de ton adolescence.

Bien assise était la demeure, et certe Il pendait des filigranes du perron ; Et le verger fut grand où hantait la calandre diserte. Et quant à la Dame, elle avait ce geste prompt, Ce « ce me plaît » qui déconcerte ; Et quant à la Dame, elle avait environ Septante et sept saphirs avec un cercle De couronne à son front.

C’était (tu dois bien t’en souvenir), c’était la plus noble Dame de la cité.

Claire était la face de la Dame, telle la fine pointe Du jour, et ses yeux étaient cieux marins ; Claire était la face de la Dame et de parfums ointe. Claire était la face de la Dame, et plus que purpurins Fruits, fraîche était la bouche jointe De la Dame. Et pour ses crins Recercelés, ne fussent les entraves d’ivoire, Eussent encourtiné ses reins.

C’était (tu dois bien t’en souvenir), c’était la plus belle Dame de la cité.

« Sœur douce amie, » lui disais-tu, « douce amie, Les étoiles peuvent s’obscurcir et les amarantes avoir été Que ma raison ne cessera mie De radoter de votre beauté ; Car Cupidon ravive sa torche endormie À vos yeux, à leur clarté, Et votre regarder, » lui disais-tu, « est seul Mire De mon cœur atramenté, »

C’était (tu dois bien t’en souvenir) c’était par un soir de la mi-automne.

« Vos cheveux traînent jusqu’en bas et nimbent votre face. Et vos sourires sont les duègnes de votre vertu ; Ah, prenons garde que notre âme ne se fasse Putain, Madame, » lui disais-tu. « Vos cheveux traînent, et vos yeux portent d’azur à la fasce D’or, et votre corps est de lys vêtu ; Ah, prenons garde que notre désir ne se farde Pareil à quelque gnome tortu. »

C’était (tu dois bien t’en souvenir), c’était par un soir de la mi-automne.

« Sœur douce amie, » lui disais-tu, « mon cœur est moire D’eaux claires sous les midis. Madame, » lui disais-tu, « mon cœur est grimoire Tout couvert de signes maudits ; Et je vous eusse cédée pour mille besants et voire Pour quelques maravédis. Sœur douce amie, » lui disais-tu, « pieux cloître Est mon cœur, et sainte fleur en paradis. »

C’était (tu dois bien t’en souvenir), c’était par un soir de la mi-automne.