French poem
L’opium et lui vous ont pris
by Jean Pellerin (1885–1921)
L’opium et lui vous ont pris Le cœur, de telle sorte Qu’ils ne m’ont rien laissé. Tant pis ! Pour nous, vous êtes morte.
Vivante pourtant, de vos yeux Perfides et tranquilles Où se reflètent en leurs cieux L’Inde, Dakar, les Îles
Sous-le-Vent… Ce qui fut nous deux Vous est comme une histoire Tombée au fond de la mémoire En un coin hasardeux.
Je dis : « Le pas de la naissante Averse nous pressait. Vous luttiez avec un lacet Sur la route d’Oissante,
Vous rappelez-vous ? » Votre oui Condescend et termine. Car il va venir. Ébloui Votre cœur s’achemine,
Et votre désir, vers le soir Dénouant votre tresse, Vers son regard et sa caresse Et vers le poison noir.