French poem
Réponse à une épître du poète Du Bellay
by Jeanne d’Albret (1528–1572)
Que mériter on ne puisse l’honneur Qu’avez escrit, je n’en suis ignorante, Et si ne suis pour cela moins contente, Que ce n’est moy à qui appartient l’heur.
Je connois bien le prix et la valeur De ma louange, et cela ne me tente D’en croire plus que ce qui se présente, Et n’en sera de gloire enflé mon cueur.
Mais qu’un Bellay ait daigné de l’escrire, Honte je n’ai à vous et chascun dire Que ie me tiens plus contente du tiers,
Plus satisfaite et encor glorieuse, Sans mériter me trouver si heureuse Qu’on puisse voir mou nom en vos papiers.
De leurs grands faits les rares anciens Sont maintenant contens et glorieux, Ayant trouvé poètes curieux Les faire vivre ; et pour tels je les tiens.
Mais j’ose dire, et cela je maintiens Ou’encor ils ont un regret ennuyeux, Dont ils seront sur moy-mesme envieux, En gémissant aux champs Élysiens ; C’est qu’ils voudroient. pour certain, je le sçay, Revivre icy et avoir un Bellay, Ou qu’un Bellay de leur temps eust esté ;
Car ce qui n’est sçavez si dextrement Feindre et parer, que trop plus aisément Le bien du bien seroit par vous chanté.