Versos French José-Maria de Heredia Le Prisonnier

French poem

Le Prisonnier

by (1842–1905)

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Là-bas, les muezzins ont cessé leurs clameurs, Car le ciel au couchant de pourpre et d’or se frange ; Les crocodiles lourds s’enfoncent dans la fange Et le grand fleuve endort ses dernières rumeurs.

Les deux jambes en croix, comme il sied aux fumeurs, Le chef rêvait, bercé par le haschich étrange, Tandis qu’avec effort faisant mouvoir la cange Deux nègres se courbaient sur le banc des rameurs.

A l’arrière, joyeux et l’insulte à la bouche, Grattant l’aigre guzla sur un rhythme farouche, Se penchait un Arnaute à l’œil féroce et vil ;

Car lié sur la barque et saignant sous l’entrave, Un vieux Cheik regardait d’un air stupide et grave Les minarets pointus qui tremblaient dans le Nil.