French poem
02 (Faites-moi bon accueil, j’arrive…)
by Joseph Autran (1813–1877)
Faites-moi bon accueil, j’arrive ! Du soleil, de la gaîté vive Je vous ramène la saison. Jour et nuit, j’ai fendu l’espace : À la voyageuse un peu lasse, Vieux amis, laissez prendre place Sous le toit de votre maison !
C’est bien là : voici la fenêtre, La tuile, aisée à reconnaître, Où fut posé mon premier nid. Fermière, pour moi toujours bonne, Chez vous ne manque-t-il personne ? Bien ! fêtons le jour qui rayonne Et l’heure qui nous réunit.
Depuis que, par un soir de brume, Je partis, secouant ma plume, J’ai traversé les cieux entiers ; J’ai vu bien des mers, bien des plages. Abritée ici des orages. Je vous dirai tous mes voyages, Car je babille volontiers !
De sa voix, sonore merveille, Le rossignol ravit l’oreille ; Moi, je n’ai pas d’aussi doux chants ; Je ne sais que jaser sans cesse, Jaser pour amuser l’hôtesse, Et pour écarter la tristesse De l’homme qui travaille aux champs.
Dans l’air du matin qui m’enivre, Sur le coteau j’aime à le suivre, Rasant de l’aile ses cheveux. Par quelques mots d’heureux présage, Gaîment je l’excite à l’ouvrage : « Brave homme, lui dis-je, courage ! Les blés répondront à tes vœux. »
Aux gens dont le toit m’est propice Je rends plus d’un utile office : Abusés par un temps serein, S’ils ont laissé leurs foins à terre, Je dis à propos : « Qu’on les serre ! » Et, sans merci, je fais la guerre Aux vers qui rongent le bon grain.
Que le faucon, l’œil sur sa proie. Que l’épervier là-haut tournoie, Prompte à les voir, je pousse un cri. À mon signal, on se rassemble ; La poule et son poussin qui tremble, Et les pigeons, qui vont ensemble, S’empressent tous vers leur abri.
Je saisis au vol ma pâture, Je bois au vol dans une eau pure, J’y prends un bain, toujours au vol ! Je suis l’essor, l’aile rapide, Je ne me plais que dans le vide, Et je plains l’homme, cœur timide, Qui n’ose pas quitter le sol !
Faites-moi bon accueil, j’arrive ! Du soleil, de la gaîté vive Je vous ramène la saison. Jour et nuit, j’ai fendu l’espace : À la voyageuse un peu lasse, Vieux amis, laissez prendre place Sous le toit de votre maison !