Versos French Joseph Autran 79 (Le soleil des beaux jours s’en…)

French poem

79 (Le soleil des beaux jours s’en…)

by (1813–1877)

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Le soleil des beaux jours s’en va tout pâlissant ; Le nuage se mouille ; La séve des buissons languit et redescend ; Le jardin se dépouille ; Et voilà que l’année en son pâle cercueil Repose, froide et morte ! Arrivez maintenant, en longs crêpes de deuil, Arrivez, sombres mois qui formez son escorte : Novembre, et toi décembre, et toi morne janvier Où tant de neige tombe !

Sur la feuille flétrie et sur le dur gravier, Entourez cette tombe !

Une hirondelle encor parlait l’autre matin, Mais c’était la dernière. J’entends de plus en plus le grondement lointain Des eaux de la rivière. L’aube à regret se montre, elle pleure, et le soir Se hâte de la suivre : Venez donc maintenant, vêtus de gris, de noir, Couverts de manteaux blancs tout saupoudrés de givre, Venez, ô tristes mois, les yeux de larmes pleins ; Et d’une herbe fanée Ornez pieusement, comme des orphelins, Le tombeau de l’année !

Il pleut : l’eau de la nue arrose un sol fangeux Où rampe la limace. Le tonnerre parfois, comme un glas orageux, Gronde au loin dans l’espace. Les lézards sont rentrés, pour dormir leur sommeil, Au trou qui les protége. Passez donc maintenant, en funèbre appareil, Passez, mois de l’hiver, comme passe un cortége :

L’année est morte : hiver, exhale tes douleurs ! Pleurez, brouillards fidèles… Ces mortes-là, du moins, renaissent sous les pleurs Que l’on répand sur elles !