French poem
La Source
by Joseph Autran (1813–1877)
II.
LA SOURCE.
Mon pauvre village est en fête, Hommes et femmes sont joyeux ; Tous ont de l’âme satisfaites Le souriant éclair aux yeux.
Sur ces hauteurs, longtemps arides, Après des siècles de travaux, Ils ont trouvé, mineurs avides, La source aux jaillissantes eaux.
Du flanc déchiré de la roche, À bouillons voyez-là monter : Chacun tressaille à son approche ; Pas un qui n’en veuille goûter.
De la bourgade haletante Dont le soleil gerce les toits, C’était le vœu, c’était l’attente, Avortés déjà tant de fois !
Que de labeurs, que de voyages, Coûtait ici le flot bourbeux Qui désaltérait cent ménages, Familles, et jardins, et bœufs !
Là-bas, au creux de la vallée, Par des sentiers au long détour, Il fallait, pour une eau troublée, S’acheminer deux fois le jour :
Les vieillards y menant leur bête, Dont les barils chargeaient le dos, Les femmes portant sur la tête Leurs vases de grès, lourds fardeaux.
Que l’été mît la terre en cendre, Que l’aquilon soufflât du nord, Lentement il fallait descendre, Et remonter avec effort.
Maintenant on viendra sans peine Recueillir un flot pur et bleu. Le village aura sa fontaine Dressée en face du saint lieu,
Monument au gré des familles, Chef-d’œuvre d’un humble maçon, Où puiseront les jeunes filles Sans interrompre leur chanson.
Poète ! en ces temps misérables De soif et d’ennuis énervans, Que ne fais-tu jaillir des sables Une fontaine aux flots vivans ;
Une source où viendraient les âmes Boire aussi, boire autour de toi, Où puiseraient hommes et femmes Altérés d’amour et de foi !