Versos French Jules Barbey d’Aurevilly « À qui rêves-tu »

French poem

« À qui rêves-tu »

by (1808–1889)

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À qui rêves-tu si tu rêve, Front bombé que j’adore et voudrais entr’ouvrir, Entr’ouvrir d’un baiser pénétrant comme un glaive, Pour voir si c’est à moi, — que tu fais tant souffrir ! Ô front idolâtré, mais fermé, — noir mystère, Plus noir que ces yeux noirs qui font la Nuit en moi, Et dont le sombre feu nourrit et désespère L’amour affreux que j’ai pour toi !

Je n’ai su jamais si tu pense, Si tu sens, — si ton cœur bat comme un autre cœur, Et s’il est quelque chose au fond de ton silence Obstinément gardé, cruellement boudeur ! Non ! je n’ai jamais su s’il était dans ton âme Une place où plus tard pût naître un sentiment, Ou si tu dois rester une enfant, quoique femme, Une enfant ! pas même ! — un néant !

Un néant qui semble la vie ! Mais qui fait tout oser aux cœurs comme le mien ; Car l’être inanimé qu’on aime, nous défie ! On brûlerait le marbre en l’aimant ! — Mais le rien !! Le rien vêtu d’un corps · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·