French poem
« Si j’avais, sous ma mantille »
by Jules Barbey d’Aurevilly (1808–1889)
Si j’avais, sous ma mantille, Cet œil gris de lin, Et cette svelte cheville Dans mon svelte brodequin ;
Si j’avais ta morbidesse, Tes cheveux dorés, Retombant en double tresse Jusque sur mes reins cambrés !
Si j’avais, ô ma pensée, Dans mon corset blanc, Ta blonde épaule irisée D’un duvet étincelant !
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·
Enfin si je semblais faite Pour donner la loi, Je serais une coquette Plus coquette encor que toi !
Je voudrais être une reine Fière comme un paon, Dont on aurait grande peine À baiser le bout du gant.
Je ne serais pas de celles, Froides à moitié, Qui, d’abord, font les cruelles, Et puis après ont pitié.
Je serais une tigresse, Rebelle aux amours, Cachant la griffe traîtresse Dans ma patte de velours !
Je ferais souffrir aux âmes Mille bons tourments, Et je vengerais les femmes De tous leurs fripons d’amants ;
Et sans l’éventail qui cache Deux beaux yeux moqueurs, Je rirais, sur leur moustache, De leur flamme et de leurs pleurs ;
Et je passerais ma vie À les désoler, Et je serais si jolie Qu’il leur faudrait bien m’aimer !
Et puis, si d’aimer l’envie Un jour me prenait, Je n’aurais de fantaisie Que pour celui qui dirait :
« Si comme toi j’étais faite Pour donner la loi, Je serais une coquette, Plus coquette encor que toi ! »
Aime-moi donc, ma Paulette, Ô mon blond trésor ! Aimer un fat ? toi, coquette ! Ce sera t’aimer encor !