Versos French Juste Olivier Le Léman

French poem

Le Léman

by (1807–1876)

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Ô bleu Léman, amour de tes rivages, Miroir du ciel où tremblent les nuages, De ma patrie, ô suprême beauté, Je n’entends plus ton murmure enchanté ! Voici des flots : mais leur vague étendue, Leur pâle azur, assombri par les bois, Leurs humbles bords, leur incertaine voix, Que disent-ils à mon âme éperdue ?

Ô bleu Léman, toujours grand, toujours beau, Que sur ta rive au moins j’aie un tombeau !

J’aime tes eaux que la brise amoureuse Plisse au matin, d’une aile gracieuse, Lorsqu’elle joue aux voiles des bateaux ; Et quand rugit le vent, j’aime tes eaux : Leur grave élan, leur bruissement sonore ; Le choc puissant dont retentit le bord ; La blanche écume amassée ; et du port L’anse inquiète où l’onde roule encore.

Ô bleu Léman, toujours grand, toujours beau, Que sur ta rive au moins j’aie un tombeau !

Le pur cristal de ta vague domptée Se brise-t-il en écume argentée, Sous une nef qu’à ton front méprisant Semble attacher un lien trop pesant : Ta grâce encor, fascinante et suprême, Sur les flancs noirs du navire massif, Jette un éclat magique et fugitif, Pour s’en former un charmant diadème.

Ô bleu Léman, toujours grand, toujours beau, Que sur ta rive au moins j’aie un tombeau ! Quand du couchant les flammes nuancées Sur ton miroir s’éteignent balancées, Quand chaque flot plonge, mobile et pur, Son île d’or dans l’Océan d’azur ; De ma pensée, autour de toi captive, L’amour encor repose sur tes eaux, Avec les monts, les tours, les blancs oiseaux, Et les manoirs qui dorment sur ta rive. Ô bleu Léman, toujours grand, toujours beau, Que sur ta rive au moins j’aie un tombeau !