French poem
Contemplation
by Leconte de Lisle (1818–1894)
Ô mes pieuses nuits, immensités fécondes, Voiles éblouissants où se bercent les mondes ! Chants sacrés de l’azur dont les anges de feu Fendent d’un vol puissant les voûtes éternelles, Lorsqu’aux cieux constellés plongeant leurs fortes ailes. Ils se groupent aux pieds de Dieu.
Ô nuits douces au cœur, vases de sainte ivresse, Nuits que la splendeur brûle et que l’amour caresse, Corbeilles de parfums et de sérénité, Oh ! laissez-moi rêver de vos gloires intimes ! Le silence des cieux a des accents sublimes Qui parlent d’immortalité.
Oh ! laissez-moi rêver, ombres, beautés, lumières, Régions du Seigneur, infinis sanctuaires, D’où s’épanche vers nous le saint et doux sommeil ; Foyers intérieurs d’harmonie et de flammes, Abîmes aimantés où s’envolent les âmes, Comme les aigles au soleil !
Et toi, brûlante extase, ineffable délire, Noble aspiration des cieux, qui nous fais lire Sur les vieux univers : amour, gloire, beauté Enivre mes regards de merveilles sacrées, Et, traçant par les airs des routes ignorées, Plonge-moi dans l’éternité !