French poem
Les Rossignols et le Bengali
by Leconte de Lisle (1818–1894)
Un soir, banni des cieux, un ange solitaire A passé dans nos voix, Parfums vivants et doux de cette fleur des bois Qu’on nomme le mystère ; Viendrais-tu, comme lui, du ciel bleu sur la terre Pour la première fois ? Enfant d’un autre monde, Es-tu perle de l’onde, Ou des étoiles d’or un rubis égaré Vers nous, ou bien encore, Viens-tu, doux messager de l’Orient sacré, Dire au pâle Occident les clartés de l’Aurore ?
Quand l’Aurore ouvre aux cieux Ses prunelles mi-closes, Rayon capricieux. Jaspé de taches roses,
J’effleure les jam-roses De mon vol radieux Et confonds dans les roses Mon être gracieux.
Oui, je viens d’Orient, où les palmes bénies Près des flots, bleu miroir, Berçaient avec amour, ainsi qu’un doux espoir, Mes ailes endormies, Mes deux ailes de gaze, au souffle frais du soir ; Oui, je viens d’Orient vers ce jardin austère, Où vos divines voix Couvriraient d’un accord ma voix douce et légère ; Je voudrais, près de vous, ne chanter qu’une fois : Accueillez ma prière !
Oh ! non, je ne suis pas perle de nos flots bleus ; De l’enceinte des cieux je n’ai nulle mémoire ; Mais, guidé vers ces bords par des chants merveilleux, Mon cœur vous devinait : n’êtes-vous pas la gloire ?
Ô rossignols divins, j’ai fui mon sol natal Pour ouïr vos accents que j’aime et que j’admire ; Poètes, donnez un sourire Au rossignol oriental !