Versos French Léon Valade Viatique

French poem

Viatique

by (1841–1884)

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Si la mort n’est pas l’ouverture Du néant vaste où rien ne luit ; S’il faut attendre dans sa nuit On ne sait quelle aube future ;

Si l’espoir du repos nous ment ; Si le tourment de la pensée À la chair inerte & glacée Survit impérissablement ;

Si la loi de Dieu tyrannique Sur l’angoisse, triste oreiller ! Force les âmes de veiller Jusques au jugement inique,

Et qu’il faille, aux plis du linceul, Écouter se traîner dans l’ombre Le pied lourd des siècles sans nombre, Seul dans la tombe, toujours seul !

Oh ! puissé-je, avant que je meure, De l’ange que suivent mes pas, De celle qui ne m’aime pas Être aimé, ne fût-ce qu’une heure !

Puissent ses yeux d’un froid mordant, Doux même à ceux qu’elle rebute, Oublier, rien qu’une minute, Leur mépris en me regardant !

Que je puisse, quittant ce monde, À sa bouche fière puiser L’éblouissement du baiser Durant l’éclair d’une seconde ;

Et que j’emporte — ô cécité Des yeux clos que la terre presse ! — Le souvenir d’une caresse Pour occuper l’éternité.