French poem
Imité du chinois
by Louis Bouilhet (1821–1869)
Sous des déguisements divers, Plâtre ou fard, selon ton envie, Masque tes mœurs, cache ta vie, Sois honnête homme, en fait de vers !
Un seul beau vers est une source Qui, dans les siècles, coulera. Dix ans, peut-être, on pleurera Quelques mots trop prompts à la course.
La strophe aux gracieux dessins, Où l’œil, en vain, cherche une faute, N’est pas d’une valeur moins haute Que la relique de nos saints.
Mais aussi, point de flatteries Pour l’inepte ou le maladroit ! Le pur lettré seul a le droit D’en arranger les broderies.
Tout poëme perd ses appas Dans les bassesses du parlage. Si nous traversons un village, Causons-y, ― mais n’y chantons pas !