French poem
Sérénade
by Louis Bouilhet (1821–1869)
Les musiciens.
Le soir a tendu ses voiles. Éveillons, à petit bruit, La plus blanche des étoiles Qui manque au front de la nuit.
Un chanteur.
J’ai dans mon cœur une belle Que j’adore nuit et jour ; Une lampe est devant elle, La lampe de mon amour !
Dans cette chapelle austère Que desservent mes douleurs, Tous mes rêves sont à terre, Effeuillés comme des fleurs.
La détresse, en cape noire, Tient, goutte à goutte amassés Dans un bénitier d’ivoire, Tous les pleurs que j’ai versés !
Le seul encensoir qui fume À l’autel silencieux, C’est mon âme qui s’allume Sous le rayon de tes yeux.
Apaise enfin ta colère, Toi que Dieu fit pour charmer ; Va, c’est un crime de plaire Quand on ne veut pas aimer !
Les musiciens.
Le soir a tendu ses voiles, Éveillons, à petit bruit, La plus blanche des étoiles Qui manque au front de la nuit.