Versos French Louis de Fontanes À une jeune Anglaise

French poem

À une jeune Anglaise

by (1757–1821)

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Pourquoi viens-tu chercher sans cesse L’ombre de ces pins toujours verts ? Pourquoi d’un voile de tristesse Tes doux attraits sont-ils couverts ?

Ton attitude est recueillie, Quelques pleurs ont mouillé ton œil ; Telle on peint la Mélancolie Rêvant à côté d’un cercueil.

À ton âge on ne peut connaître D’autres tourments que ceux du cœur C’est l’amour seul qui les fait naître : Un amant cause ton malheur.

N’est-il plus ? Serait-il volage ? Est-il parti pour d’autres lieux ? Et cet arbre au sombre feuillage Fut-il témoin de ses adieux ?

J’approche, et tu changes de route, En laissant tomber sur tes pas Un papier qui contient, sans doute, Le nom qui t’occupe tout bas.

Je cours vers toi : ma main fidèle Te remet l’écrit égaré ; Je n’ai point lu ce qu’il recèle, Ton cœur doit être rassuré.

Que j’aime ta rougeur naïve ! Oh ! que ton trouble a d’intérêt ! Ta reconnaissance est trop vive, Elle peut trahir ton secret.

Ton air dit plus que tes paroles ; Je veux répondre… Mais tu pars, Et dans les bois où tu revoles, Mes regards trouvent tes regards.

Desdémona fut moins charmante Aux yeux du More trop jaloux ; De Roméo la jeune amante N’eut jamais un éclat si doux.

Ton sein bat, mon âme est émue ; J’irai,… je veux,… tu disparais, Et sur la place où je t’ai vue Je reste plein de tes attraits.

Ainsi du haut de l’Empirée Descend un songe gracieux, Qui, sur son aile bigarrée, Soudain remonte dans les cieux.

Il fuit par la porte d’ivoire, Il n’a duré que peu d’instants ; Mais il est cher à la mémoire Et s’y conserve en tous les temps.