Versos French Louis Ménard Double Rêve

French poem

Double Rêve

by (1822–1901)

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J’ai cru q’on m’enfermait au couvent : c’est un rève ! Je suis morte, il est mort aussi : je bénis Dieu ! Là-bas, sur sa tombe une ombre se lève : Viens, mon bien-aimé, viens me dire adieu.

— J’ai cru q’on m’enchaînait dans la tour, sur la pière, Seul, loin d’èle et du jour ; mais non, ce cachot noir, C’était mon tombeau dans le cimetière. Qe Dieu soit béni, je vais la revoir !

— C’est toi ! Je savais bien qe tu m’aurais suivie, Tu me l’avais promis. Cète félicité Q’on nous refusait pendant notre vie, La mort nous la rend pour l’éternité.

— Je rèvais de prison, et toi de monastère : Un baiser ! oublions et mon rève et le tien. Dieu, qui sépara nos cœurs sur la tère, Les unit au ciel : je le savais bien !

— Écoute ! un son de cloche a retenti : c’est l’eure Du dernier jugement pour tous les trépassés ; Faut-il nous qiter sitôt ? — Non, demeure : Q’importe le ciel ? restons embrassés ! —

La cloche du matin sonne pour la prière ; A travers les bàrreaus glisse un rayon du jour, Tous deus à la fois ouvrent leur paupière, Èle en sa cèlule, et lui dans la tour.