French poem
À M. Victor Hugo
by Louisa Siefert (1845–1877)
Père, qui veut chanter vous suit & vous écoute : Ses pieds cherchent vos pas aux marges de la route Qui mène à l’immortalité ; Sa voix à votre voix s’éveille & vient redire D’après vous l’hymne saint, l’impétueux délire De l’océan, de la cité.
Poëte, qui veut vivre, étant ce que nous sommes, Sans révolte envers Dieu, sans haine pour les hommes, Sans remords du temps dépensé, À votre front contemple imposante & sereine La seule majesté qui règne en souveraine Sur l’avenir & le passé.
Père, qui veut aimer de votre cœur s’approche : Sur les oiseaux des bois, sur les fleurs de la roche, Sur les mères, sur les enfants. Sur les noirs travailleurs qui songent, sur la foule. De votre œuvre multiple une pitié découle Qui fait les vaincus triomphants.
Poëte, qui veut croire avec vous se recueille : Quand, lassé des concerts de l’astre & de la feuille, L’esprit qui pense est revenu Au gouffre intérieur où s’égare son rêve, Le vôtre le soutient, l’entraîne & le soulève Dans cet autre immense inconnu.
Car vous avez toujours pour qui souffre des larmes, Pour qui meurt des regrets, pour qui combat des armes, Ô père, ô poète béni ! Car votre âme est plus tendre encor qu’elle n’est forte, Car votre foi commande & jusqu’à nous apporte L’écho vibrant de l’infini.
Aussi tout ébloui d’images grandioses, Glorifiant au nom des êtres & des choses Le grand génie austère & doux, Qui pleurait se redresse & qui chantait espère : L’oiseau vient au poëte & l’enfant vient au père, Ô maître, & moi je viens à vous !