Versos French Louisa Siefert Au large

French poem

Au large

by (1845–1877)

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Lest de l’âme, pesant bagage, Trésors misérables & chers, Sombrez. . . . . . . Aux pays des autres étoiles, Aux lointains pays fabuleux, Le vaisseau sous ses blanches voiles Nage au gré des flots onduleux.

Le ciel et l’Océan s’unissent Au bord de l’horizon enfui ; Les lourdes vagues s’aplanissent Avec un long soupir d’ennui.

Dans cette immensité sans terme Où se perd, tombe & meurt le vent, Le sillage qui se referme Marque seul la marche en avant.

O tristesse indéfinissable ! Accablement toujours nouveau ! Ne pas voir même un grain de sable, Ne pas même entendre un écho !

Ici, rien que la mer sans grèves, Là, rien que l’ombre des agrès, Rien à l’avenir que des rêves, Rien au passé que des regrets !

La semaine suit la semaine, Le flot que le flot submergea Au gouffre, dans sa chute, emmène Chaque heure qui sonne, & déjà

L’aube a d’éclatantes nuances, Le soir des couchants orangés, Flamboîments & phosphorescences À nos ciels d’Europe étrangers.

Des formes d’astres inconnues, Vaisseaux par Dieu même conduits, Iles, perles ou fleurs des nues, Brodent le bleu manteau des nuits.

Mais cette splendeur qui décore Le vaste infini déroulé Est d’un aspect plus triste encore Aux yeux tristes de l’exilé.

Et la petite maison basse, Frère, où sont ta mère & tes sœurs, Pour ton cœur avait plus d’espace, Pour ton regard plus de douceurs.