French poem
Messidor
by Louisa Siefert (1845–1877)
Le ciel est gris plombé, la terre est altérée, Parfois le vent, ainsi qu’une haleine enfiévrée, Fait onduler le sein des moissons & des bois, Une angoisse indicible accable la nature, Et tout frissonne, quand, par la déchiqueture Des éclairs, un accord de la terrible voix De l’orage s’échappe & vient jusqu’à la terre. Le tonnerre, ô bonheur ! & comme il fait bien taire Tout ici-bas ! lui seul, on l’entend à présent : — Gronde, gronde toujours, encore une décharge, C’est bien ! fais à la nue une fente plus large, Crève-la, puis rugis de joie en l’écrasant. Va, ton fracas est doux & ton horreur soulage, Redouble, enivre-toi de ton aveugle rage,
Sois le farouche accent de nos rébellions ; Emporte nos fureurs dans ta fureur sacrée : L’âme de sa tempête est par toi délivrée, Et voici bien des jours qu’en vain nous t’appelions !
Ce soir, quand par milliers les tranquilles étoiles De l’azur nuageux déchireront les voiles, Un vent doux & subtil sur les blés passera ; Et, tandis que courant devant l’aube irisée Il changera la pluie en brillante rosée, L’âme rassérénée à Dieu s’élèvera.