Versos French Louisa Siefert Rêves, Anxiétés, Soupirs

French poem

Rêves, Anxiétés, Soupirs

by (1845–1877)

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Rêves, anxiétés, soupirs, sanglots, murmures, Vœux toujours renaissants & toujours contenus, Instinct des cœurs naïfs, espoir des têtes mûres, O désirs infinis, qui ne vous a connus !

Les vents sont en éveil ; les hautaines ramures Demandent le secret aux brins d’herbe ingénus, Et la ronce épineuse où noircissent les mûres Sur les sentiers de l’homme étend ses grands bras nus.

« Où donc la vérité ? » dit l’oiseau de passage. Le roseau chancelant répète : « Où donc le sage ? » Le bœuf à l’horizon jette un regard distrait.

Et chaque flot que roule au loin le fleuve immense S’élève, puis retombe, & soudain reparaît, Comme une question que chacun recommence. À vingt ans, quand on a devant soi l’avenir, Parfois le front pâlit, on va, mais on est triste ; Un sourd pressentiment qu’on ne peut définir Accable, un trouble vague à tout effort résiste.

Les yeux, brillants hier, demain vont se ternir ; Les sourires perdront leurs clartés. On existe Encor, mais on languit ; on dit qu’il faut bénir, On le veut, mais le doute au fond du cœur subsiste.

On se plaint, & partout on se heurte. Navré, On a la lèvre en feu, le regard enfiévré. Tout blesse, &, pour souffrir, on se fait plus sensible.

Chimère ou souvenir, temps futur, temps passé, C’est comme un idéal qu’on n’a pas embrassé, Et c’est la grande soif : celle de l’Impossible ! À l’honneur du combat qu’importe la victoire ? Celui qui pour mourir se couche en son drapeau, Suaire que son sang a fait tout rouge, est beau : C’est la fatalité, mais c’est aussi la gloire !

Toute âme est le champ clos d’une bataille noire Sans trêve ni merci, sans soleil ni flambeau. Chaque illusion morte y trouve son tombeau Et dans sa chute entraîne au néant sa mémoire.

Ainsi fiers seulement du devoir accompli, Tristes cercueils où dort l’amour enseveli Près des élans fougueux & des grandes pensées,

Nous traînons le fardeau de nos forces lassées ; Et, nous nous survivons dans cet immense oubli, Sentant s’ouvrir le ciel sur nos têtes baissées.