Versos French Louise Ackermann La Lampe d’Héro

French poem

La Lampe d’Héro

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De son bonheur furtif lorsque, malgré l’orage, L’amant d’Héro courait s’enivrer loin du jour Et dans la nuit tentait de gagner à la nage Le bord où l’attendait l’amour,

Une lampe envoyait, vigilante et fidèle, En ce péril, vers lui, son rayon vacillant ; On eût dit dans les cieux quelque étoile immortelle Qui dévoilait son front tremblant.

La mer a beau mugir et heurter ses rivages, Les vents au sein des airs déchaîner leur effort, Les oiseaux effrayés pousser des cris sauvages En voyant approcher la Mort,

Tant que du haut sommet de la tour solitaire Brille le signe aimé sur l’abîme en fureur, Il ne sentira point, le nageur téméraire, Défaillir son bras ni son cœur.

Comme à l’heure sinistre ou la mer en sa rage Menaçait d’engloutir cet enfant d’Abydos, Autour de nous, dans l’ombre, un éternel orage Fait gronder et bondir les flots.

Remplissant l’air au loin de ses clameurs funèbres, Chaque vague en passant nous entr’ouvre un tombeau ; Dans les mêmes dangers et les mêmes ténèbres, Nous avons le même flambeau.

Le pâle et doux rayon tremble encor dans la brume. Le vent l’assaille en vain, vainement les flots sourds La dérobent parfois sous un voile d’écume : La clarté reparait toujours.

Et nous, les yeux levés vers la lueur lointaine, Nous fendons, pleins d’espoir, les vagues en courroux ; Au bord du gouffre ouvert, la lumière incertaine Semble d’en haut veiller sur nous.

Ô phare de l’Amour ! qui dans la nuit profonde Nous guides à travers les écueils d’ici-bas, Toi que nous voyons luire entre le ciel et l’onde, Lampe d’Héro, ne t’éteins pas !