Versos French Louise Ackermann Mme Ackermann d’après des lettres et des papiers inédits

French poem

Mme Ackermann d’après des lettres et des papiers inédits

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Ainsi jamais d’arrêt. L’immortelle matière Un seul instant encor n’a pu se reposer. La nature ne fait, patiente ouvrière, Que dissoudre et recomposer.

Tout se métamorphose entre ses mains actives. Partout le mouvement incessant et divers, Dans le cercle éternel des formes fugitives, Agitant l’immense univers.

Au retour du combat tout couvert de morsures, Et songeant au péril qu’il venait de courir, Quand le lutteur comptait et sondait ses blessures Et qu’il se demandait s’il n’allait pas mourir, Il n’avait qu’à jeter vers la hauteur céleste Du fond de sa détresse un regard attristé Pour sentir tant de trouble et de langueur funeste Se changer en espoir, en bonheur, en clarté. Comme un point lumineux qu’en vain le brouillard voile Dans le lointain brumeux, sous un ciel sans étoile, Il avait vu reluire un phare ensanglanté : La Croix ! Elle était là sur la sainte colline, Mais visible aux seuls yeux qu’elle veut éclairer. O Pascal ! Sa lueur te cherche et t’illumine, Tu ne peux plus dès lors périr ni t’égarer. Tout est clair et certain, point d’erreur, point de doute, Sans arrêt désormais, vers ton but assuré Marche résolument, car tu connais la route Et te voilà déjà sur le sommet sacré. Oui, c’est bien le calvaire, et la croix le domine, Portant un Dieu mourant et couronné d’épines, Qui d’un étrange éclat brille dans sa pâleur. O douloureux flambeau, lumineuse victime ! Tous les rayons partis de ce foyer sublime, Pascal, avec amour convergeaient vers ton cœur ; Et ce cœur s’attendrit, il se plonge, il se baigne Dans la clarté divine, en plein ravissement ; Cette place où l’on souffre, où l’on pleure, où l’on saigne, Devient un lieu d’ivresse et d’éblouissement.

J’aime, je sais, Amour, Certitude, Allégresse ! Vous êtes le Seigneur et je me sens aimé ! Que je vous ai cherché dans mes jours de détresse !

JÉSUS.

Mon fils, quand on me cherche, on m’a déjà trouvé. Ma tendresse à son tour t’attend et te réclame, De toute éternité j’ai convoité ton âme ; Tu n’étais pas encor que je t’avais sauvé. Combien tu m’occupas pendant mon agonie ! Cette goutte de sang, je la versai pour toi.

PASCAL.

O divine Bonté ! Prescience infinie ! J’ai sans peine, Seigneur, reconnu votre main. Vous la vouliez pour vous, cette pauvre insensée, Qui, sur de vils objets égarant sa pensée, De honte et de douleur serait morte en chemin. Pour la mieux retenir, vous avez autour d’elle Serré les durs liens de cette chair mortelle, Vous les avez tordus en des nœuds douloureux. La Matière et l’Esprit dans une créature N’avaient jamais souffert de tourmens plus affreux. Vous m’avez réservé cette double torture, Deux assauts à la fois sans trêve ni merci. Ah ! qu’il fallait m’aimer pour me frapper ainsi !

JÉSUS.

Je n’aime qu’ardemment et veux qu’on me ressemble, Mettons donc nos tourmens, nos angoisses ensemble. Je t’ai donné mon sang, accorde-moi tes pleurs. Partout où m’a blessé l’aiguillon des douleurs, Qu’un stigmate éternel sur ton âme s’imprime. Par les mêmes bourreaux, oui, laissons-nous meurtrir ; Ne formons à nous deux qu’une seule victime : C’est en toi que je veux achever de souffrir !

PASCAL.

Pour prendre de plus près ma part de ce martyre, Sur votre sein divin laissez-moi me pencher. La plus saignante plaie est celle qui m’attire ; C’est par elle, Seigneur, que je veux vous toucher. Mon sauveur est à moi, plutôt il me possède ; De son sang précieux que je sois arrosé Et que j’étanche enfin cette soif qui m’obsède ; Dans le même calice où sa lèvre a posé,

Que j’y puise l’amour et le goût des supplices. Ah ! que cette amertume est douce à savourer ! Vase que je saisis avec tant de délices, Je ne te rendrai pas, car je veux m’enivrer.

Et le ciel s’ouvre alors et l’extase commence. Du pied de la croix même il sort un fleuve immense, Où ceux qui sont tombés n’ont jamais surnagé ; Dans ce torrent de grâce et de miséricorde, En délire et d’un bond le chrétien s’est plongé. Sur son cœur éperdu le flot monte et déborde. Amour, amour partout ! il reste submergé.