French poem
Au Roy
by Marc Lescarbot (1570–1641)
ODE PINDARIQUE presentÈe ‡ sa MajestÈ en Novembre mil six cens sept.
STROPH. 1.
NEPTUNE, donne moy des vers Propres ‡ resonner la gloire Du plus grand Roy que l'Univers Ait produit de longue memoire. Et puis que sur tes moites eaux Tendent leurs ailes noz vaisseaux, Fay qu'avec eux ore je vole Cornant son renom jusqu'au pole, Et que portÈ d'un trait leger Sur l'aile de ta large Èchine, Je l'annonce au peuple Ètranger Qui demeure au fond de la Chine.
ANTISTROPH.
Muses pourtant pardonnez moy Si pour cette heure je m'addresse Ailleurs qu'‡ vous; & si la loy De vous invoquer je transgresse. Je ne boy ici d'Helicon Les douces eaux, ni ma chanson Ne ressent les fleurs qu'on amasse Au sommet du double Parnasse. Neptune commande en ce lieu, C'est ‡ lui qu'il faut que je rende Ores mes voeux, & qu'‡ ce Dieu De mon chant le ton je demande.
EPOD.
Car quoy qu'il soit quelquefois ForcenÈ d'ire & de rage, Il ayme bien toute fois Des chansons le doux ramage. Et de cela soucieux A ses Syrenes il donne Mainte chanson qui resonne D'un chant fort harmonieux, Qui par ses douces merveilles Les peu rusez Nautonniers Attire par les oreilles, et les fait ses prisonniers.
STROPH. 2.
Vive donc mon Prince & mon Roy Par qui respire nÙtre France Sentant souz le joug de sa loy Les doux effects de sa clemence. Lui qui parmi tant de hazars Qui l'ont suivi de toutes parts A vaincu l'effort de la Fortune, Laquelle en lui n'a part aucune. Car sa vertu tant seulement Du haut des cieux favorisÈe A jusques dans le Firmament Sa MajestÈ authorisÈe.
ANTISTROPH.
Le jour qu'en France commenÁa A luire sa belle lumiere Le conseil des Dieux s'amassa Pour sÁavoir de quelle maniere Ilz pourroient honorer celui Qui devoit estre un jour l'appui De mainte gent abandonnÈe A que du ciel n'est point donnÈe La conoissance de son bien Et de maint peuple & mainte ville PolicÈe souz le lien De la societÈ civile.
EPOD.
Mars lui donna sa valeur, Hercule donna sa force, Et Jupiter sa terreur, Qui la force mÈme force. Mais Vulcan lui faÁonna De fin acier bien trempÈe Une foudroyante epÈe Qu'en present il lui donna Pour en frapper les rebelles, Et la rogue nation Qui nous a fait des quereles Souz feinte religion.
STROPH. 3.
Il n'estoit pas hors le berceau, Il n'avoit quittÈ son enfance, Que son ‚ge plus tendre & beau S'endurcissoit ‡ la souffrance Des ‚pres & dures rigueurs Des froidures & des chaleurs, Afin qu'un jour il peust ‡ l'aise Supporter de Mars le mesaise, Puis que son destin estoit tel, Que parmi les chaudes alarmes Il devoit se rendre immortel, Par l'effort de ses fieres armes.
ANTISTROPH.
Qui l'a jamais veu sommeiller, Ou les mains avoir endormies, Quand il a fallu chamailler Dessus les troupes ennemies? TÈmoins en sont tant de combats O˘ il a cent fois du trÈpas Loin repoussÈ la violence, De sorte que mÈme la France, France nourrice des guerriers Par ses longs travaux fatiguÈe Est le sujet de ses lauriers Pour s'estre contre lui liguÈe.
EPOD.
Et apres s'estre soumis La populace mutine, Il a fait qu'ores Themis Seurement par tout chemin Afin qu'une ferme paix Au moyen de la Justice En sa maison s'Ètablisse Qui soit durable ‡ jamais, Et que toujours souz son aile Fleurisse la pietÈ, Sans qu'oncques elle chancelle Ni d'un ni d'autre cÙtÈ.
STROPH. 4.
Grand Roy nous te devons ceci, Vire mille fois davantage. Mais il reste encore un souci Digne de ton vieillissant ‚ge, Afin que la posteritÈ Entende que ta pietÈ N'estoit dedans ta France enclose. Il faut, grand Roy, faire une chose, Il faut ores du Tout-puissant Porter le nom souz ta banniere O˘ son Soleil resplendissant Chacun jour finit sa carriere.
ANTISTROPH.
Aye doncques compassion De tant de peuples qui perissent Sans loix & sans Religion Et de leur misere gemissent. Si tu veux, grand Roy, tu les peux Joindre avec nous en mÈme voeux, Et faire de tous une Eglise, Si ta bontÈ les favorise. Mais si ton pouvoir souverain Ne soutient un si grand affaire, Mais si tu retires ta main, Que est-ce qui le pourra faire?
EPOD.
C'est, mon Prince, c'est de toy Qu'une antique destinÈe A prononcÈ qu'un grand Roy Seroit apres mainte annÈe Du vieil tige des FranÁois, Que regiroit en justice Par une saincte police Conjointe aux divines loix Les nations infideles Qui sont encore en maints lieux, Et par force les rebelles Conduiroit dedans les cieux.