French poem
À une autre (2)
by Marc Monnier (1827–1885)
Tu n’as pas voulu quand j’avais vingt ans ; Tu n’as pas voulu dans le temps des roses Où, n’ayant souci des plus douces choses, Je n’aimais que toi de tout le printemps ;
Où j’aurais franchi les monts et les plaines Pour te voir une heure et m’en retourner, Où ma vie entière était à donner, Où mon avenir avait les mains pleines.
J’allais devant moi d’un pas résolu, J’avais pour étoile une tête blonde : Si tu m’avais dit : « Donne-moi le monde ! » Je l’aurais conquis. — Tu n’as pas voulu.
Voici l’heure, hélas ! où naissent les rides, Déjà le soleil paraît décliner ; Je n’ai plus ma vie entière à donner Bientôt l’avenir aura les mains vides ;
Tristes, nous comptons les ans révolus… Tu ne voulais pas dans le temps des roses, L’automne est venu plein d’heures moroses, Et tu voudrais bien, — mais je ne veux plus !