French poem
Amnistie
by Marceline Desbordes-Valmore
Alors que pour l’hymen un palais s’illumine, Alors qu’un jeune espoir en déride les murs, Qu’une vierge lointaine avec ses rêves purs, Ouvre ses bras d’épouse à l’époux qui s’incline, Dieu leur parle à l’oreille et sous l’encens des fleurs A demandé combien ils vont sécher de pleurs !
Ô prince ! écoutez Dieu ! votre avenir commence : Pesez le premier pas, car ce pas est immense ; Pardonnez ! pardonnez ! et vous saurez un jour, Si l’on est roi long-temps, roi sacré par l’amour : Vous saurez si Dieu veut que l’on donne sa vie À qui donne en retour sa douce paix ravie : Donnez-la ! ce géant fort à tout renverser, Le peuple est un enfant qui veut vous caresser : Ouvrez vos jeunes mains tièdes de pure joie, Sur des cœurs enfermés que la tristesse noie ! Dans la foule qui chante, il est à votre seuil, Des femmes aux pieds lents qui sortent d’un long deuil ; Elles viennent de loin demandant quelque étoile, Qui signale à vos yeux leurs pas et l’humble voile, Dont elles ont pris soin d’amortir leur douleur, Pour ne pas effrayer l’hymen de leur pâleur !
Cet hymen, qui dans l’air fait errer un sourire, Qui colore et détend leur sévère horizon ; Qui sur leurs jours émus balance votre nom Et desserre leur voix pour dire : « Vraiment ! Dieu nous prend en pitié ; « Il n’abandonne pas qui prie ! « Un qui sera roi se marie ; « Déjà le pardon chante et crie !… « Vraiment ! c’est revivre à moitié !
« Déjà, d’inflexibles murailles, « S’ouvrent les combles étouffans ; « Fruits douloureux de nos entrailles, « Sauvés de grandes funérailles, « Nous allons ravoir nos enfans !
« La reine a tant fait, (elle est mère !) « Par ses larmes, par ses raisons, « Par son incessante prière, « Que dans sa gloire moins amère « Elle vient d’ouvrir les prisons !
Car son fils avait dit : — « Madame ! « Je suis triste dans mon bonheur : « Sous les traits d’une jeune femme, « Je crois que le ciel m’ouvre l’âme, « Et je comprends mieux la douleur !
« La douleur captive, terrible, « Qui fait une ombre sur mon jour ; « Clouée, immobile, invisible, « Ma mère ! c’est la plus horrible : « Elle manque d’air et d’amour ! »
La reine pleura. C’est une ange, Qui prenant son fils par la main, S’en alla d’un courage étrange, Dire à ceux qui font que tout change : « Faites que tout chante demain ! »
Ce fut fait. Voilà que l’on porte De l’air à nos fils malheureux ! Mais au bruit de la triple porte, Qu’ouvre la pitié sans escorte, Les voilà qui doutent entre eux.
Tout à coup, ivres de tendresse, Jetant les lambeaux de leur deuil, Au long cri d’une pâle ivresse, Cet essaim libre qui se presse Ouvre l’aile et franchit le seuil !
Et nous venons, faibles de larmes, Nous, dont rien n’a lié les pas, Jeter les débris de leurs armes, Devant le pardon sans alarmes ; Car le pardon ne tremble pas !
D’une grave cité, lointaines messagères, Humbles ambassadeurs d’hommes fiers et soumis, Nous venons demander avec nos voix de mères, Du pain par le travail ; Dieu nous l’avait promis !
Le pardon viendra-t-il sur nos rives souffrantes, Où la croix étancha tant de sang et de pleurs ! Oh ! viendra-t-il semer à nos terres mourantes, Du travail ? de l’oubli ? de l’amour et des fleurs !