Versos French Marceline Desbordes-Valmore Au Christ

French poem

Au Christ

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Que je vous crains ! que je vous aime ! Que mon cœur est triste et navré ! Seigneur ! suis-je un peu de vous-même, Tombé de votre diadême : Ou, suis-je un pauvre ange égaré ?

Du sable où coulèrent vos larmes, Mon âme jaillit-elle un jour ? Tout ce que j’aime a-t-il des armes, Pour me faire trouver des charmes Dans la mort, que but votre amour ?

Seigneur ! parlez-moi, je vous prie ! Je suis seule sans votre voix ; Oiseau sans ailes, sans patrie, Sur la terre dure et flétrie, Je marche et je tombe à la fois !

Fleur d’orage et de pleurs mouillée, Exhalant sa mourante odeur, Au pied de la croix effeuillée, Seigneur, ma vie agenouillée Veut monter à votre grandeur !

Voyez : je suis comme une feuille Qui roule et tourbillonne au vent ; Un rêve las qui se recueille ; Un lin desséché que l’on cueille Et que l’on déchire souvent.

Sans savoir, d’indolence extrême, Si l’on a marché sur mon cœur : Brisé par une main qu’on aime, Seigneur ! un cheveu de nous-même, Est si vivant à la douleur !

Au chemin déjà solitaire, Où deux êtres unis marchaient, Les voilà séparés… mystère ! On a jeté bien de la terre Entre deux cœurs qui se cherchaient !

Ils ne savent plus se comprendre ; Qu’ils parlent haut, qu’ils parlent bas, L’écho de leur voix n’est plus tendre ; Seigneur ! on sait donc mieux s’entendre, Alors qu’on ne se parle pas ?

L’un, dans les sillons de la plaine, Suit son veuvage douloureux ; L’autre, de toute son haleine, De son jour, de son aile pleine, Monte ! monte ! et se croit heureux !

Voyez : à deux pas de ma vie, Sa vie est étrangère à moi, Pauvre ombre qu’il a tant suivie, Tant aimée et tant asservie ! Qui mis tant de foi dans sa foi !

Moi, sous l’austère mélodie, Dont vous m’envoyez la rumeur, Mon âme soupire agrandie ; Mon corps se fond en maladie Et mon souffle altéré se meurt.

Comme l’enfant qu’un rien ramène, L’enfant, dont le cœur est à jour, Faites-moi plier sous ma chaîne ; Et désapprenez-moi la haîne, Plus triste encore que l’amour !

Une fois, dans la nuit profonde, J’ai vu passer votre lueur : Comme alors, enfermée au monde, Pour parler à qui me réponde, Laissez-moi vous voir dans mon cœur !

Rendez-moi, Jésus que j’adore, Un songe où je m’abandonnais : Dans nos champs que la faim dévore, J’expiais… j’attendais encore ; Mais, j’étais riche et je donnais !

Je donnais et, surprise sainte : On ne raillait plus ma pitié ; Des bras du pauvre j’étais ceinte ; Et l’on ne mêlait plus l’absinthe Aux larmes de mon amitié !

Je donnais la vie au coupable, Et le temps à son repentir ! Je rachetais à l’insolvable ; Et pour payer l’irréparable, J’offrais l’amour seul et martyr.