French poem
Au Médecin de ma Mère
by Marceline Desbordes-Valmore
Toi dont l’âme à la fois lumineuse et sensible, Sur nos pâles douleurs s’use comme un flambeau, Duelliste sublime et vainqueur du tombeau, Laisse chanter mon cœur sous ton laurier paisible : Laisse-le se rouvrir au rayon qu’autrefois Ton regard attacha sur un enfant débile, Qui n’oublia jamais dans son destin mobile, Que ton nom a tremblé dans sa fébrile voix ; Que ta main de mon père entr’ouvrait la demeure, Quand Dieu sous ta figure y désaffligeait l’heure, Alors que maladive et lourde à mon berceau, Comme l’oiseau blessé pèse sur un roseau, L’heure traînait son vol au toit de ma famille, Et menaçait d’éteindre une petite fille ; Que c’est ta volonté qui ralluma mon sort ; Qui me reprit deux fois dans l’aile de la mort ; Et quand je vacillais, luciole éphémère, Me rendit toute vive aux larmes de ma mère.
Oui, tu plains de nos maux la triste profondeur, Toi ; tu comprends tout l’homme en t’écoutant toi-même ; Car ton étoile veuve au sein de sa splendeur, Sait que l’on meurt déjà quand on perd ce qu’on aime ;
Ne meurs pas ! souffre encore ; aide-nous à souffrir ; Laisse à mon doux pays ta charité savante, À quelque humble famille une mère vivante ; Et quelque pauvre enfant qui ne veut pas mourir !