Versos French Marceline Desbordes-Valmore Deux Jeunes filles

French poem

Deux Jeunes filles

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Entends-tu le canon du fort, Pour un vaisseau qui rentre au port ? Mais, mon enfant ! le capitaine Tient l’équipage en quarantaine. Viens voir de loin le bâtiment Qui te ramène ton amant ! Laisse-moi reprendre mon cœur Qui s’en va de joie et de peur ! J’avais rêvé cette nouvelle : Mais, vois ! je suis moins forte qu’elle. C’est ma neuvaine au roi des cieux, Qui met de tels pleurs dans mes yeux ! Tu me fais rire avec tes pleurs ; Prends plutôt dentelles et fleurs, Prends ! et puisque Dieu te l’envoie, Folle ! ne pleure pas ta joie ; Car je sais que les amoureux, N’aiment pas qu’on pleure pour eux. Que veux-tu ! je suis faite ainsi ! Et des hommes pleurent aussi. Lui ! sa voix pleure dans moi-même ; Marina ! c’est pourquoi je l’aime ? Une larme sauve ; autrement On mourrait de saisissement. Allons, viens, tu n’en finis pas ; Viens ! tout le monde court là-bas. Au salut du canon qui roule Ton amant te croit dans la foule. C’est la lenteur qui fait mourir ; Moi, mes pieds brûlent de courir ! Marina ! laisse-moi m’asseoir ; Je serai plus forte ce soir. Il est là ! j’ai le temps d’attendre ; On n’est plus trop loin pour s’entendre : Comme l’oiseau qui suit le vent, Mon âme est allée en avant !