French poem
L’Aumône au bal
by Marceline Desbordes-Valmore
L’harmonie et les fleurs, Les doux parfums de femmes, Le lustre aux mille flammes, La mode aux cent couleurs ; C’est le bal ! c’est la vie ! C’est la danse suivie, D’espoir, d’enchantemens, D’aveux et de sermens.
— « Une aumône ! une aumône ! Madame qui dansez, Dieu réchauffe vos pas : Madame au collier d’or, ouvrez la main qui donne, Sur l’hiver de la rue et les pauvres d’en bas ! »
Mais le bal est riant, La walse est énivrante, La course délirante Et l’orchestre bruyant ; La gaîté se colore, Et tourne et passe encore Devant l’eau du miroir, Qui rit de la revoir.
— « Une aumône ! une aumône ! Madame qui dansez, Dieu réchauffe vos pas ; Madame au collier d’or ! ouvrez la main qui donne, Sur l’hiver de la rue et les pauvres d’en bas ! »
Sous les feux répandus, L’hiver même a des charmes ; Que d’attraits sous les armes ! Que de bouquets perdus ! Mais, suspendez la danse ; Le pied perd la cadence ; Et la femme et la fleur, S’inclinent de chaleur…
— « Une aumône ! une aumône ! Madame qui dansez, Dieu protège vos pas ; Madame au collier d’or ! ouvrez la main qui donne ! Sur l’hiver de la rue et les pauvres d’en bas ! »
Où va-t-elle en rêvant, Cette femme aux pieds d’ange, Dont le front rose change, Comme l’eau sous le vent ? — « Ouvrez cette fenêtre, Oh ! Laissez-moi renaître !… » Et de son front charmant, Elle ôte un diamant.
— « C’est l’aumône ! l’aumône !… Madame ! allez danser, Dieu réchauffe vos pas ! La dame au collier d’or ouvre sa main qui donne Sur l’hiver de la rue et les pauvres d’en bas ! »