French poem
La Pauvre Orpheline
by Marceline Desbordes-Valmore
« Pasteur ! est-il loin encore, Le couvent au grand clocher ? Je marche depuis l’aurore, Et je n’en peux approcher. — Le voilà sous la colline Que tu viens de parcourir : Mais ce n’est qu’à l’orpheline, Que ce tombeau doit s’ouvrir.
— Pasteur ! j’ai perdu mon père, Et ma mère est dans le ciel. Le ciel a dit qu’on espère, Au désert, un peu de miel ! — Ma fille ! un saint mariage Sauve ainsi que le couvent : Car vers le monde à ton âge, L’âme retourne souvent !
— Pasteur ! une foi profonde Me liait au pauvre Éloi ; Mais il hérite, et le monde Est entre son cœur et moi. — Ma fille ! sous cette larme Que tu n’as pu retenir, Que je vois mourir de charme Dans ton stérile avenir !
— Pasteur ! ma vie est fermée ; Pour moi le monde est trop grand : Femme qui n’est plus aimée, Dans l’avenir perd son rang. — Va donc, fleur inaperçue, Je te bénis seule… Adieu ! Et pour n’être pas déçue, Va te révéler à Dieu ! »