French poem
Le Voisin blessé
by Marceline Desbordes-Valmore
L’autre nuit le voisin qui pleure Frappa pour me dire bonsoir : « Dormez, voisin, ce n’est plus l’heure ; On n’y voit plus : il faut se voir. Je suis vous le savez une pauvre orpheline ; Je n’ai d’autre gardien que la vierge divine. » Mais il reprit si tristement : « Au pécheur Dieu donne un moment De grâce avant le châtiment !… »
Il dit cela d’un ton si grave Que sa voix me troubla le cœur, Et qu’à ce blessé doux et grave Je répondis malgré ma peur : « Vous avez votre mère, et moi, pauvre orpheline, J’en vais demander une à la vierge divine. Pourquoi dites-vous tristement : Au pécheur Dieu donne un moment De grâce avant le châtiment ?… »
« La grâce, c’est votre présence ! » Cria-t-il contre la cloison. « Le châtiment, c’est votre absence, Et le ciel, c’est votre maison ! Je suis l’heureux voisin de la jeune orpheline Qui demande une mère à la vierge divine ; C’est pourquoi je dis tristement : Au pécheur Dieu donne un moment De grâce avant le châtiment !
« Car vous partez avec l’aurore, Et moi, blessé, je vais mourir… » — « Voisin, je ne pars pas encore Et si l’on pouvait vous guérir… Donnez-moi votre mère, et la pauvre orpheline Ne demandera rien à la vierge divine. Ne dites donc plus tristement : Au pécheur Dieu donne un moment De grâce avant le châtiment ! »