French poem
Sur la maladie de François Ier
by Marguerite de Navarre (1492–1549)
Rendez tout un peuple content, Ô vous, nostre seule espérance, Dieu ! celluy que vous aimez tant, Est en maladie et souffrance. En vous seul il a sa fiance. Hélas ! c’est vostre vray David ; Car de vous a vraye science : Vous vivez en luy, tant qu’il vit.
De toutes ses grâces et dons A vous seul a rendu la gloire ; Par quoi les mains à vous tendons, Afin qu’ayez de luy mémoire. Puisqu’il vous plaist luy faire boire Vostre calice de douleur. Donnez à nature victoire Sur son mal, et nostre malheur.
Le désir du bien que j’attends, Me donne de travail matière. Et me semble que ma litière Ne bouge ou retourne en arrière ; Tant j’ay de m’avancer désir ! Ô qu’elle est longue la carrière Où à la fin gist mon plaisir !
Je regarde de tout costé Pour voir s’il n’arrive personne, Priant la céleste bonté Que la santé à mon roy donne ; Quant nul ne voy, l’œuil j’abandonne A plorer, puis sur le papier Un peu de ma douleur j’ordonne : Voilà mon douloureux métier.
Ô qu’il sera le bienvenu Celluy qui, frappant à ma porte, Dira : Le roy est revenu En sa santé très bonne et forte : Alors sa sœur, plus mal que morte, Courra baiser le messager Oui telles nouvelles apporte. Que son frère est hors de danger.