French poem
Le Chant du retour
by Marie-Joseph Chénier (1764–1811)
Contemplez nos lauriers civiques ; L’Italie a produit ces fertiles moissons ; Ceux-là croissaient pour nous au milieu des glaçons ; Voici ceux de Fleurus, ceux des plaines belgiques. Tous les fleuves surpris nous ont vu triomphans ; Tous les jours nous furent prospères ; Que le front blanchi de nos pères Soit couvert des lauriers cueillis par nos enfans. Tu fus longtemps l’effroi, sois l’amour de la terre, O république des Français. Que le chant des plaisirs succède aux cris de guerre : La Victoire a conquis la Paix. Chers enfans, la tombe des braves Réclame ces lauriers moissonnés par vos mains ; Vos frères, comme vous, ont vaincu les Germains, Délivré les Toscans, les Belges, les Bataves. Au séjour des héros, parvenus avant vous, Ils y tiennent vos palmes prêtes : Leurs mânes célèbrent nos fêtes ; Unis à nos concerts, ils chantent avec nous : Tu fus longtemps l’effroi, sois l’amour de la terre, O république des Français. Que le chant des plaisirs succède aux cris de guerre : La Victoire a conquis la Paix. Les Germains vaincus applaudissent. Les bardes de la France ont élevé leur voix, Leur lyre prophétique a chanté vos exploits, Et de vos noms sacrés les siècles retentissent. La Victoire a plané sur vos fiers étendarts ; Chargés de ses palmes altières, Venez, loin des tentes guerrières. Goûter un doux repos sous les palmes des arts. Tu fus longtemps l’effroi, sois l’amour de la terre, O république des Français. Que le chant des plaisirs succède aux cris de guerre : La Victoire a conquis la Paix. Guerriers, votre dot est la gloire. Unissons par l’hymen et nos mains et nos cœurs. Et l’hymen et l’amour sont le prix des vainqueurs. Formons d’autres guerriers ; léguons-leur la victoire. Qu’un jour à leurs accens, à leurs yeux enflammés, On dise : Ils sont enfans des braves. Que sourds aux tyrans, aux esclaves, Ils accueillent toujours la voix des opprimés. Tu fus longtemps l’effroi, sois l’amour de la terre, O république des Français. Que le chant des plaisirs succède aux cris de guerre : La Victoire a conquis la Paix. Grand Dieu, c’est ta main qui dispense La Gloire et la Vertu, bienfaits dignes du ciel ; La Victoire descend de ton trône éternel ; Par toi la Liberté vint luire sur la France. N’éteins pas, Dieu puissant, ses rayons précieux ; Que d’âge en âge la patrie Soit libre, puissante et chérie ; Et que nos descendans bénissent leurs aïeux. Tu fus longtemps l’effroi, sois l’amour de la terre, O république des Français. Que le chant des plaisirs succède aux cris de guerre : La Victoire a conquis la Paix.