French poem
Phylis
Ie te diray sur quoy i’ay fondé ma croyance: Vn iour comme il aduint qu’Aminte estant blecé, Et qu’estant de sa playe & d’amour oppressé, Ne pouvant clorre l’œil esueillé du martyre, Se plaignoit en plorant d’vn mal qu’il n’osoit dire: Mon cœur qui du passé le voyant, se souuint, A ce piteux obiect toute pitié deuint, Et ne pouuant souffrir de si dures alarmes, S’ouurit à la douleur, & mes deux yeux aux larmes. En fin comme ma voix ondoyante à grans flots, Eust trouué le passage entre mille sanglots, Me forçant en l’accez du tourment qui me gréue, I’obtins de mes douleurs à mes pleurs quelque tréue, Ie me mis à chanter, & le voyant gemir, En chantant i’inuitois ses beaux yeux à dormir: Quand luy tout languissant tournant vers moy sa teste, Qui sembloit vn beau lys battu de la tempeste, Me lançant vn regard qui le cœur me fendit, D’vne voix rauque & casse ainsi me respondit: Phylis comment veux-tu qu’absent de toy ie viue, Ou bien qu’en te voyant, mon ame ta captiue, Trouue pour endormir son tourment furieux, Vne nuit de repos au iour de tes beaux yeux? Alors toute surprise en si prompte nouuelle, Ie m’enfuy de vergongne où Filemon m’appelle, Qui nauré comme luy de pareils accidens, Languissoit en ces maux trop vifs & trop ardans. Moy qu’vn deuoir esgal à mesme soing inuite, Ie m’approche de luy, ses playes ie visite, Mais las en m’apprestant à ce piteux dessein, Son beau sang qui s’esmeut iallit dessus mon sein; Tombant esuanouy toutes ses playes s’ouurent, Et ses yeux comme morts de nuages se couurent. Comme auecque mes pleurs ie l’eus fait reuenir, Et me voyant sanglante en mes bras le tenir, Me dit, Belle Phylis, si l’amour n’est vn crime, Ne mesprisez le sang qu’espand cette victime. On dit qu’estant touché de mortelle langueur Tout le sang se resserre & se retire au cœur, Las! vous estes mon cœur, où pendant que i’expire, Mon sang bruslé d’amour, s’vnit & se retire. Ainsi de leurs desseins ie ne puis plus douter, Et lors moy que l’amour oncques ne sceut dompter, Ie me sentis vaincuë, & glisser en mon ame, De ces propos si chauds & si bruslans de flame, Vn rayon amoureux qui m’enflamma si bien, Que tous mes froids dédains n’y seruirent de rien. Lors ie m’en cours de honte où la fureur m’emporte, N’ayant que la pensée & l’amour pour escorte, Et suis comme la Biche à qui l’on a percé Le flanc mortellement d’vn garrot trauersé, Qui fuit dans les forests, & tousiours auec elle Porte sans nul espoir sa blesseure mortelle: Las! ie vais tout de mesme, & ne m’apperçoy pas, O malheur! qu’auec moy, ie porte mon trespas, Ie porte le tyran qui de poison m’enyure, Et qui sans me tuer en ma mort me fait viure, Heureuse sans languir si long temps aux abois, I’en pouuois eschaper pour mourir vne fois.
CLORIS.
Si d’vne mesme ardeur leur ame est enflammée, Te plains-tu d’aimer bien & d’estre bien aimée? Tu les peux voir tous deux, & les fauoriser.