French poem
L’Ane A Cornes Sur La Tour
L’âne à cornes gravit l’escalier de la tour, Sur les dalles faisant sonner ses sabots lourds... Les nains au corset bleu, les courtisanes grecques, Les eunuques, les ruffians et les évêques, Les mendiants, les sorciers, les nègres, les imans, Avec les bracelets, les croix, les talismans, Regardent sur la place, immobiles, la bête Dont le vent fait gonfler la robe violette Et demeurent figés, épouvantés, muets. Et quand l’âne royal atteignit le sommet, Le soleil flamboya dans sa mitre écarlate, On le vit se dresser sur ses puissantes pattes Et debout il se mit à braire puissamment. Et bien mieux que l’éclat des cloches, ce braîment Retentit à travers les couloirs, les portiques. Les jeunes gens firent voler leur dalmatique, Les courtisanes s’allongèrent en riant Et des eunuques fous tournèrent en dansant. Aux balcons du palais des princesses parurent, Otant leurs vêtements et criant de luxure. Des musiciens brisaient leur luth sur les piliers. Des femmes avalaient les perles des colliers. Une négresse alla dépouiller la statue De Pallas Athéné et marcha, revêtue Du casque en bronze vert et du bouclier bleu. Et là-haut, sur la tour, le soir baignait de feu L’âne à cornes, ses grands bijoux talismaniques Et son dos recouvert d’une gale magique...