French poem
L’Orgie Pauvre
Le garni fastueux se farde et se parfume Comme une courtisane avide de plaisir. Par les pores fanés des vieux rideaux il hume L’odeur des corps humains d’où montent les désirs.
Il s’étale sous le crépuscule des lampes Qui pare ses fauteuils d’une vague splendeur. Dans le miroir malade aux reflets faussés rampe L’encens qu’on a brûlé dans une assiette à fleurs.
La descente de lit est toute parsemée De bouquets bon marché effeuillés avec soin. Des coussins d’orient et des robes lamées, D’un clinquant de bazar animent chaque coin.
La tête renversée, une jambe pendante, Une femme se pâme hors des draps rejetés, Une autre la caresse et de sa main tremblante Peuple ce ciel de chair d’éclairs de volupté.
Une autre, fauve et lourde, en gémissant s’affale, Se crucifie et meurt sur le divan crevé. Plus loin, les yeux brillants et la face animale, L’homme est comme un forçat à son spasme rivé.
Le champagne et l’éther coulent et se mélangent. Près d’une tache d’huile un genou trop épais Prend dans le demi-jour une importance étrange, Le tapis est usé, les sièges contrefaits...
Mais soudain, au milieu de ces caricatures De la magnificence absente de l’amour, Un souffle délicat descend des moisissures Du plafond, sort des trous des draps et des velours.
Et malgré l’espoir vain, la détresse profonde, Malgré l’odeur humaine et les relents du mal, Un frisson de beauté circule une seconde Dans ce rez-de-chaussée où vomit l’idéal...
JE VOUDRAIS BIEN ENTRER...
Je voudrais bien entrer dans cette maison-là... Je vois le corridor baigné d’un vague éclat... Mais tu me prends la main en disant: Pas encore! Ta robe en tissu de chagrin se décolore Et la rue est si longue et mon cœur a si mal. Arrêtons-nous. J’entends comme le bruit d’un bal Étouffé... Mais tu dis: Plus loin! Pas cette danse Ni ces danseurs plaintifs qui tournent en silence... --J’ai tellement besoin de rêver quelque part Au jeune adieu qui pleure auprès du vieux départ. Il pleut et ta figure est tellement voilée!... La bonne porte luit au fond de cette allée... Tu vois, on m’a fait signe... Et tu dis: Pas encor! --Je serre contre moi le lis noir du remords... On voit les flaques d’eau étinceler par terre... Ah! que les bonheurs morts renferment de mystère!