Versos French Maurice Magre La Cathédrale Furieuse

French poem

La Cathédrale Furieuse

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Ma chair s’est trop roussie à la ville fumante, J’ai trop reçu de feu dans mes yeux en vitraux, Je suis lasse d’offrir aux coups de la tourmente La croupe de l’abside et les seins ogivaux.

Je ne veux plus lever vers les cieux fantastiques Mes deux jambes de séculaires moellons. Dans le sexe géant de mon portail gothique On a trop fait passer le bronze des canons.

Les dalles de mes reins sont lasses et brisées Et le creux de ma nef craque sous le fardeau. Ma sève au fond des bénitiers est épuisée, On m’a trop violée, on m’a cassé le dos.

Je ne verserai plus la sueur des gargouilles, Je n’entr’ouvrirai plus les lèvres des autels, Je purgerai mon corps de tout ce qui le fouille, Je secouerai mes sanctuaires rituels...

J’arracherai les oriflammes qui m’affublent Et je ferai sortir des tombeaux souterrains Les archevêques morts en mitres, en chasubles, Avec des sacrements fantômes dans leurs mains.

Je précipiterai hors de mes sacristies, Comme un vomissement, les cierges, les lutrins, Les anneaux pastoraux, les châsses, les hosties, Crachant dans un hoquet mes reliques de saints.

De mon orgue percé, de mes cloches fêlées, Je chanterai des chants grotesques et puissants Et dans le chœur des monacales assemblées Retentira l’appel de mes échos déments.

Et puis, je briserai moi-même mes colonnes, J’agiterai les hémicycles de mes reins Et faisant un bouquet de cloches et d’icônes, Je lancerai ces fleurs de peinture et d’airain.

Et je lapidérai la ville de mes pierres. Je lancerai la porte et les morceaux de tours, Les confessionnaux, les grilles et les chaires, Je me ravagerai le corps avec amour.

Et quand sous le ciel lourd et sous la lune basse De la voûte où s’ouvrait jadis le paradis, Il ne restera plus qu’une affreuse carcasse, Une église crapaud qui bave, hurle et maudit.

Alors, il jaillira de mes débris immondes Un grand christ chassieux, mi-homme, mi-serpent, Dieu pervers de la pourriture du vieux monde Et les hommes viendront l’adorer en rampant.

Et je rirai, moi la cathédrale hystérique, Au milieu des chardons et des louches odeurs, En les voyant fouler l’hostie eucharistique Et le sang de celui qui fut notre seigneur...