French poem
Les Absents Sont Des Morts
Les absents sont des morts qui n’auront pas de roses... On ne prépare pas la chambre en pierres closes Et l’on n’allume pas les quatre chandeliers. Pour eux, pas de draps neufs, pas de bouquet lié Avec ce jonc ténu qu’est un regret fragile. Aucune illusion de forme volatile, De halo lumineux et doux qui reviendrait Hanter l’appartement où dort l’ancien secret. Le temps fait du pastel une esquisse plus pâle, La chaleur de la chair du sein ternit l’opale, La rose s’évapore au fond du flacon d’or, On le sait, on le dit... Les absents sont des morts. Mais pourtant l’on voudrait tellement n’y pas croire, Être encor l’habitant d’un coin d’une mémoire, Dans la chambre d’hiver où sont les souvenirs. Les absents sont des morts qui voulurent mourir. La lettre est la couronne en immortelles fausses Qu’on attache d’un fil de fer aux croix des fosses. Le cœur y sonne vide autant que le métal, De l’emblème agité par le vent glacial. Puis plus rien. Même pas les fausses immortelles. La pluie use les noms, les vases et la stèle. Le fruit noir du cyprès tombe comme un remords Du bonheur qu’on n’a plus... Les absents sont des morts...