French poem
La Honte
Plus d’un que la honte poursuit Frissonne en son gîte la nuit.
Surtout, certains soirs de décembre, Quand le vent bat l’obscurité, Il sent mieux l’insécurité Oui se mitonne dans sa chambre.
Brusque, il prend un livre au hasard, Qu’il jette, en devenant blafard. Avec des souffles de fournaise Et des haleines de caveau, Il sent monter à son cerveau Une angoisse que rien n’apaise.
Portes, châssis, rideaux, plafond Ont un calme qui le confond.
Sa conscience qui lui pèse S’embarrasse dans la frayeur, Comme le pied d’un fossoyeur Dans un marécage de glaise.
Oh ! le face à face avec soi, Quand on tremble et qu’on sait pourquoi !
Il admettrait donc l’hypothèse Où ses vieux meubles renfrognés Seraient des spectres indignés Qui jouiraient de son malaise ?
À ce moment il suinte, il sourd De partout comme un blâme sourd.
Évitant l’armoire ou la chaise Qui lui parleraient d’autrefois, Il gesticule ses effrois Dans un va-et-vient qui biaise.
Le craquètement du parquet Tient du soupir et du hoquet.
Et, sa nuit devient si mauvaise, Qu’il retourne contre le mur Le portrait vénérable et dur Dont il redoute l’œil de braise.
Mais d’où vient qu’il rampe à genoux, Avec la mimique des fous ? C’est qu’en s’approchant tout à l’heure, Il a vu, sur son panneau froid, Juste au point, remise à l’endroit, La figure peinte qui pleure.
Plus d’un que la honte poursuit Frissonne en son gîte la nuit.