Versos French Maurice Rollinat Le Faciès humain

French poem

Le Faciès humain

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Notre âme, ce cloaque ignoré de la sonde, Transparaît louchement dans le visage humain ; — Tel un étang sinistre au long d’un vieux chemin Dissimule sa boue au miroir de son onde.

Si la face de l’homme et de l’eau taciturne Réfléchit quelquefois des lueurs du dedans, C’est toujours à travers des lointains très prudents, Comme un falot perdu dans le brouillard nocturne.

Pour l’esprit souterrain, c’est une carapace Que ce marbre animé, larmoyant et rieur Où le souffle enragé du rêve intérieur Ne se trahit pas plus qu’un soupir dans l’espace.

Peut-être y lirait-on la douleur et la honte La colère et l’orgueil, la peur et le regret ; Mais la tentation lui garde son secret, Et la perversité rarement s’y raconte.

Qui donc a jamais vu les haines endormies, Les projets assassins, les vices triomphants, Les luxures de vieux, de vierges et d’enfants, Sourdre distinctement des physionomies ?

La joue, en devenant tour à tour blême et rouge, Ne manifeste rien des mystères du cœur ; La bouche est un Protée indécis et moqueur, Et l’Énigme revêt la narine qui bouge.

Se rapprochant ou non, battantes ou baissées, Les paupières, sans doute, ont un jeu préconçu Sur leur vitrage où doit glisser inaperçu Le reflet cauteleux des mauvaises pensées.

L’âme écrit seulement ce qu’elle veut écrire Sur le front jeune ou vieux, limpide ou racorni, Et ne laisse filtrer qu’un sens indéfini Dans l’éclair du regard et le pli du sourire.

Elle exerce avec art son guet et sa police Sur tous les messagers de la sensation, Et fixe le degré de locomotion Où devra s’arrêter chaque organe complice.

Calculant sa mimique et dardant sa vitesse, Elle parcourt les traits, mais sans y déployer L’ombre des cauchemars qui la font tournoyer Dans ses bas-fonds d’horreur et de scélératesse.

La strideur de son cri profond et solitaire N’y fait qu’un roulement d’échos fallacieux ; Et les lèvres, le front, le nez comme les yeux S’entendent pour voiler tout ce qu’elle veut taire.

Et l’homme a beau savoir combien le Mal nous ronge, L’horrible expérience a beau coûter si cher, À peine surprend-il, sur ce rideau de chair, Les apparitions informes du mensonge.

Pourtant, il vient une heure où le visage exprime La rage des démons ou la stupeur des morts, C’est quand l’Enfer vengeur et divin du remords Éclaire à fleur de peau les ténèbres du Crime ;

C’est lui qui, du fin fond de cette cave obscure, Soutire lentement, comme une âcre vapeur, L’abominable aveu dont la parole a peur, Et le projette enfin sur toute la figure.

Alors le facies du coupable qui souffre Exhibe les poisons de son hideux péché ; Il mime le forfait si longuement caché Et répercute un coin le plus noir de son gouffre.

Et contre l’attentat qu’elle crie et proclame Avec sa flamboyante et froide nudité, Impitoyablement surgit la Vérité Sur ce masque imbibé de la sueur de l’âme.