Versos French Michel Abadie Paroles du matin

French poem

Paroles du matin

by (1866–1922)

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Vierge ! à l’heure gaie Où le dieu des haies Ordonne à ses fleurs De s’entr’ouvrir toutes Pour calmer les doutes Et sécher les pleurs,

Tes bras de prière Laissent aux clairières Leur fumant burnous, Et dans la ramure Des airelles mûres, Tu brilles pour nous !

Nos lèvres murmurent Des cadences pures Lorsque nous voyons Ta robe sacrée Que l’aube a parée D’éclatants rayons. Tu gardes l’amphore D’où jaillit l’aurore Des joies qui seront, Tu tends les couronnes Que Phébus te donne Pour sacrer nos fronts.

Sur la terre aride Ta venue candide Sema des voix d’or Dont la belle flamme Est faite de l’âme De tous les dieux morts. Tu construis nos voies Du ciel qui flamboie Dans tes yeux d’azur, Et tes bleues colombes Posent sur les tombes Des sourires sûrs.

Tu chantes la vie Déesse assouvie De divins desseins ! Aux statues de Grèce Tu pris l’allégresse Qui luit sur tes seins.

Les hommes qu’enlace La misère lasse, Ne sont plus rivaux, Car la terre entière A bu la lumière De ton cœur nouveau !

La terre est rosée Comme une épousée. Tu mis, quand tu vins, Des mannes de rêve Sur toutes les grèves Et tous les ravins. Quand tu nous convies Aux joûtes ravies Des rythmes précis, Nous voyons renaître, Sous l’azur des hêtres, Les soirs d’Éleusis.

Partout où tu passes Tu répands la grâce De tes belles mains, Et ta bouche enfante L’aube triomphante Des heureux demains. Tu nous as dit : « Faites Que toutes vos fêtes Soient pour les lépreux ! Chantez, puisqu’ils souffrent Sur le bord du gouffre, Des hymnes pour eux !

Devant les cieux vides Que vos voix splendides Rendent l’homme doux. Dans vos divins codes Inscrivez des odes Qu’on lise à genoux.

Et faites l’offrande De vos âmes grandes, Car vous seuls avez La brûlante force Qui fondra l’écorce Des humains névés. »

Et depuis, nos Lyres Ont les grands sourires De beaux lys vermeils. Par les routes sombres Nous clamons dans l’ombre Des cris de soleil, Pour qu’aux ondes neuves Le monde s’abreuve, Et qu’à tes clartés Toute joie fleurisse, — Pure Créatrice De toute beauté !