French poem
Fragment d’un prologue d’opéra
by Nicolas Boileau (1636–1711)
Quoi ! par de vains accords et des sons impuissants Vous croyez exprimer tout ce que je sais dire !
Aux doux transports qu’Apollon vous inspire Je crois pouvoir mêler la douceur de mes chants.
Oui, vous pouvez aux bords d’une fontaine Avec moi soupirer une amoureuse peine, Faire gémir Thyrsis, faire plaindre Climène ; Mais, quand je fais parler les héros et les dieux, Vos chants audacieux Ne me sauroient prêter qu’une cadence vaine. Quittez ce soin ambitieux.
Je sais l’art d’embellir vos plus rares merveilles.
On ne veut plus alors entendre votre voix.
Pour entendre mes sons, les rochers et les bois Ont jadis trouvé des oreilles.
Ah ! c’en est trop, ma sœur, il faut nous séparer : Je vais me retirer. Nous allons voir sans moi ce que vous saurez faire.
Je saurai divertir et plaire ; Et mes chants, moins forcés, n’en seront que plus doux.
Eh bien, ma sœur, séparons-nous.
Séparons-nous.
Séparons-nous.
Séparons-nous, séparons-nous.
Mais quelle puissance inconnue Malgré moi m’arrête en ces lieux ?
Quelle divinité sort du sein de la nue ?
Quels chants mélodieux Font retentir ici leur douceur infinie ?
Ah ! c’est la divine Harmonie, Qui descend des cieux.
Qu’elle étale à nos yeux De grâces naturelles !
Quel bonheur imprévu la fait ici revoir ?
Oublions nos querelles, Il faut nous accorder pour la bien recevoir.
Oublions nos querelles, Il faut nous accorder pour la bien recevoir.