French poem
La Fleur du tombeau
by Noël Parfait (1813–1896)
Pauvre petit enfant, si candide et si rose, Voici deux ans bientôt qu’il nous a dit adieu, Qu’à l’ombre de la croix sa dépouille repose, Et que son âme d’ange est remontée à Dieu !
Pourquoi donc cette blanche étoile Qui m’inondait, Seigneur ! de lumière et d’amour, Sur mon triste horizon, que le nuage voile, N’a-t-elle rayonné qu’un jour ?
Du sein des célestes phalanges Aviez-vous à regret vu fuir ce chérubin ? Sa voix, qui désormais chantera vos louanges, Manquait-elle au concert divin ?…
Si parfois vous souffrez que le prisme d’un songe Montre encore aux mortels ceux qui vivent aux cieux, Mon Dieu ! consolez-moi par un si doux mensonge ; Qu’il revienne sourire un instant à mes yeux !
Ô toi qu’en pleurant j’ai cueillie Au milieu du gazon qui le couvre aujourd’hui. Fleur du tombeau ! dis-moi, pour être si jolie, N’as-tu rien emprunté de lui ?
N’es-tu pas sa plus pure essence, Et, sous une autre forme, à mon cœur attristé Ne viens-tu pas offrir son parfum d’innocence, Et sa grâce, et sa pureté ?
L’or de ton calice, ô fleur sainte ! Réponds-moi, n’est-il point l’or de ses blonds cheveux ? Le transparent azur, dont ta corolle est teinte, N’est-il point l’azur de ses yeux ?
Oui, je retrouve en toi son image chérie ; Tu me rends tout entier mon enfant qui n’est plus ! Oui, l’ange a revêtu cette robe fleurie, En s’exilant pour moi du séjour des élus !
Ô divin reflet de lui même ! D’espérance et d’amour viens parler à mes sens ; Trompe mon désespoir, petite fleur que j’aime ! Enivre-moi de ton encens…..
Mais bientôt tu seras fanée, Je verrai sur mon sein tes couleurs se flétrir ; Car tu dois, résumant sa triste destinée, Briller un jour, et puis mourir !
Oh ! ne meurs pas ! non, non, reste-moi dans ce monde, Ou que le ciel, du moins, nous garde un sort commun ; Qu’il nous frappe tous deux ! par pitié qu’il confonde Et mon dernier soupir et ton dernier parfum !
Noël parfait.