French poem
Harmonie
by Oscar Wilde
Ses mains d'ivoires erraient au hasard du caprice sur les touches d'ivoire, pareilles au rayon argenté qui traverse les peupliers quand ils agitent distraitement leurs pâles feuilles, ou à l'écume mobile d'une mer sans repos, quand les vagues montrent leurs dents à la brise volage.
Sa chevelure d'or tombait sur la mer d'or, comme les délicats fils de la vierge, tissés sur le disque poli de la pâquerette, ou comme l'hélianthe qui se tourne vers le soleil, quand la nuit jalouse a complété l'obscurité, et que la lance du lis s'entoure d'une auréole.
Et ses douces et rouges lèvres sur ces lèvres, les miennes brûlaient comme le feu de rubis serti dans la lampe oscillante d'un reliquaire cramoisi, ou comme les blessures saignantes de la grenade, ou le coeur du lotus tout inondé, tout humide du sang répandu de la vigne rose et rouge...