French poem
Sérénade
by Oscar Wilde
Le vent d'occident souffle fort à travers la sombre mer Égée, et au pied du secret escalier de marbre, ma galère tyrienne t'attend. Descends, la voile de pourpre est déployée. Le veilleur dort dans la ville. Oh! quitte ton lit brodé de fleurs de lys, ô ma Dame, descends, descends.
Elle ne viendra pas, je la connais bien; elle n'a aucun souci des voeux d'un amant, et un homme n'aurait guère de bien à dire d'une créature si cruelle et si belle. Le véritable amour n'est qu'un joujou de femme; elle n'ont jamais connu la douleur d'un amant, et moi qui aimais autant qu'aimé un jeune homme, il faut que j'aime en vain, que j'aime en vain.
O noble pilote, dis-moi la vérité. Est-ce là le brillant d'une chevelure dorée, ou n'est-ce que le réseau de la rosée dans ces fleurs de la passion que voici? Bon marin, viens et dis-moi maintenant: est-ce là la main de ma Dame? ou n'est-ce que le reflet de la proue, où n'est-ce encore que le sable argenté.
Non, non, ce n'est point le réseau de la rosée, ce n'est point le sable bordé d'argent, c'est vraiment ma chère Dame, avec sa chevelure d'or et sa main de lys. O noble pilote, gouverne du côté de Troie Bon marin, joue de la lourde rame. C'est la Reine de vie et de joie que nous devons enlever au rivage grec.
Le ciel décoloré prend une teinte vaguement bleue; une heure encore, et il fera jour. A bord! à bord! mon vaillant équipage. O ma Dame, fuyons! fuyons! O noble Pilote, tourne la proue vers Troie. Bon matelot, joue activement de la lourde rame. O toi que j'aime comme n'aime qu'un jeune homme, ô toi que j'aimerai d'un amour éternel.